Spirou

 
L’éditeur Jean Dupuis, installé à Marcinelle (Charleroi), créateur des hebdomadaires Bonnes soirées en 1923 et Le Moustique en 1924, soit deux périodiques destinés aux adultes, décida de créer en 1938 le premier hebdomadaire belge francophone vraiment moderne, à l’usage des enfants. Le 21 avril 1938, le premier numéro du Journal de Spirou était né... et actuellement encore, c’est le seul journal de l’âge d’or B.D. qui paraît toujours ! Contrairement aux journaux français de la belle époque, qui publiaient presque exclusivement des séries dessinées françaises ou américaines (mais rarement les deux dans un même journal), Spirou, dès le début, équilibra le contenu de ses pages en éditant environ moitié séries belges et moitié séries américaines, sans pour autant négliger totalement les séries françaises et italiennes.

Ce bel équilibre, rompu en 1940 à cause de la guerre, fut cependant rétabli dès 1945. Parmi les très nombreuses B.D. américaines parues dans le journal, les planches de Tarzan furent très remarquées. Ces planches du dimanche furent publiées à partir du n° 432 du 25 juillet 1946 et poursuivies jusqu’au n° 565 du 10 février 1949.

Le format et la présentation de la page Tarzan changèrent plusieurs fois durant cette période, pour des raisons multiples : augmentation du nombre de pages, augmentation du nombre de séries publiées, amélioration des procédés d’impression, etc. Ainsi nous trouvons un format de 19,3 x 27,8, impression couleurs, pour les numéros 432 à 444. Du n° 445 au n° 536, nous avons droit à la double page, au milieu du journal, format 27,8 x 38,6, toujours en couleurs. Du n° 537 au n° 565, nous retombons au format 19,3 x 27,8, mais en noir et blanc. Spirou nous offre, en plus, les bandeaux-titres, ce qui est rare en français. Cette époque américaine est caractérisée par un manque d’uniformité dans l’emploi des bandeaux-titres. Du n° 432 au n° 457, un motif unique est utilisé pour les bandeaux. Du n° 458 au n° 471, c’est le retour aux bandeaux différents (avec légende), changeant à chaque numéro. À partir du n° 472, c’est la valse-hésitation, avec changement aux numéros 492, 537 et 561. À retenir les bandeaux du n° 492 au n° 536, toujours identiques, donnant une magnifique vue panoramique du royaume de Tarzan.

Jane fait son apparition chez Rubimor, ce qui est (presque) une « première » dans les planches du dimanche. Dans « Tarzan et l’arme atomique », suite originale au roman de Burroughs Tarzan le terrible, Rubimor nous donne en prime Ta-den et Om-At, les amis pithécanthropes du Seigneur de la Jungle. La planche 802 de Rubimor, qui figure dans le n° 448 de Spirou, existe aussi dans un numéro spécial publicitaire en mini-format (14,6 x 19,8) qui fut distribué dans les boîtes aux lettres à l’occasion de la fête de Saint-Nicolas, en novembre 1946. Hogarth a lui aussi repris le personnage de Jane à la suite de Rubimor. Une Jane splendide, mais, hélas, très vite censurée, de même que la reine N’Ani. À tel point que la planche 894 a été « oubliée » volontairement par l’éditeur. N’oublions pas l’époque de publication et les opinions du journal, qui, sans être confessionnel, n’en était pas moins situé très à droite.

La planche 338 (« Tarzan dans la cité d’or », de Hogarth) a paru dans Spirou n° 1413 du 13 mai 1965, en quatre couleurs, dans le cadre de la rubrique historique consacrée à la bande dessinée « Neuvième art ». Spirou a donné également un article sur Tarzan dans son n° 1661 du 12 février 1970, illustré par de très beaux dessins en noir et blanc de Foster et Hogarth.

Les planches parues dans Spirou sont quasi toutes excellentes, surtout la partie « double page en couleurs », malgré les quelques dessins censurés ou retouchés. Si Spirou existe encore de nos jours, c’est d’abord à cause de la politique de prévoyance de l’éditeur, qui, au moment où les séries dessinées américaines commençaient à s’essouffler, avait déjà constitué une équipe d’artistes franco-belges capables de remplacer les Américains, parce que Dupuis était toujours en avance d’une guerre et le demeure encore aujourd’hui. Une autre raison, peut-être plus sentimentale, subsiste encore maintenant : le souvenir que conservent les anciens lecteurs de toutes ces fameuses séries dessinées venues des U.S.A., et qui ont contribué à la réputation de la Maison de Marcinelle. Beaucoup de lecteurs des années 50 lisent toujours Spirou actuellement, surtout par nostalgie, se remémorant inconsciemment les aventures des héros qui, de Tarzan à Superman, en passant par Brick Bradford et Red Ryder, ont bercé leurs jeunes années.
 
CONTENU
Numéros 432 à 502
Rubimor (Planches du dimanche 786 à 856)

Numéros 503 à 539
Burne Hogarth (Planches du dimanche 857 à 893)

Numéros 540 à 565
Burne Hogarth (Planches du dimanche 895 à 920)


© Michel Vannereux